Titre : LIBER A'ASH VEL CAPRICORNI PNEUMATICI SUB FIGURA CCCLXX
Auteur : Aleister Crowley
Traduction : Philippe Pissier.
Premiere publication : in "The Equinox" VolI,N°6 (londres, 1911).


Extrait de :
"EQUINOXE", vol. I, no 4.
© O.T.O. & Philippe Pissier.
ISSN 1261-503 X. Périodicité semestrielle.
Pour toute correspondance, écrire à :
Philippe Pissier / BP 13 / 46170 Castelnau-Montratier / France


0. Chêne noueux de Dieu ! Dans tes branches la foudre est nichée ! Au-dessus de toi plane le Faucon Sans Yeux.

1. Tu es noir et foudroyé ! Suprêmement solitaire dans cette chaleur de broussailles.

2. Debout ! Les nuages rougeâtres planent au-dessus de toi ! C’est l’orage.

3. Il est une flamboyante entaille dans le ciel.

4. Debout.

5. Tu es ballotté dans l’étreinte de l’orage pour un éon et un éon et un éon. Mais tu ne donnes point ta sève; tu ne chutes point.

6. Seulement à la fin lâcheras-tu ta sève lorsque le grand Dieu F.I.A.T. sera intronisé au Jour du Jugement Dernier.

7. Car deux choses sont faites et une troisième chose est amorcée. Isis et Osiris se sont livrés à l’inceste et à l’adultère. Horus jaillit trois fois armé de la matrice de sa mère. Harpocrate son frère jumeau est caché à l’intérieur de lui. SET est sa sainte alliance, qu’il manifestera au grand jour de M.A.A.T., ce qui une fois traduit est le Maître du Temple de l’A\A\, dont le nom est Vérité.

8. Or en cela la puissance magique est-elle révélée.

9. C’est comme le chêne qui s’endurcit et tient tête à l’orage. Il est battu des vents, balafré et confiant tel un capitaine de vaisseau.

10. Il tire aussi tel un chien de meute en laisse.

11. Il possède orgueil et grand raffinement. Oui, et joie aussi !

12. Que le Magus agisse comme suit en sa conjuration.

13. Qu’il s’asseye et conjure; qu’il se rassemble en cette vigueur; qu’il se lève une fois gonflé et en érection; qu’il retire brusquement le capuchon (1) de sa tête et fixe son œil de basilic sur le sceau du démon. Qu’il balance alors de-ci de-là la force de celui-ci tel un satyre en silence, jusqu’à ce que la Parole jaillisse de sa gorge.

14. Qu’alors il ne tombe pas d’épuisement, bien qu’il ait pu être dix mille fois l’humain; mais ce qui l’inonde est l’infinie miséricorde du Genitor-Genitrix de l’Univers, dont il est le Vase.

15. Non que tu doives t’abuser. Il est aisé de discerner la vivante énergie de la matière morte. Il est moins aisé de discerner le serpent vivant du serpent mort.

16. Aussi au sujet des serments. Sois obstiné, et ne sois pas obstiné. Comprends que l’élasticité du Yoni est une avec l’extension du Lingam. Tu es les deux à la fois; et ton serment n’est que le frémir du vent sur le Mont Méru.

17. Comment m’adoreras-tu, moi qui suis l’Œil et la Dent, le Bouc de l’Esprit, le Seigneur de la Création. Je suis l’Œil dans le Triangle, l’Étoile d’Argent que tu adores.

18. Je suis Baphomet, c’est-à-dire la Parole Octuple qui fera contrepoids au Trois.

19. Il n’est pas d’acte ou de passion qui ne sera un hymne en mon honneur.

20. Toutes choses sacrées et toutes choses symboliques seront mes sacrements.

21. Ces animaux me sont sacrés; le bouc, et le canard, et l’âne, et la gazelle, l’homme, la femme et l’enfant.

22. Tous les cadavres me sont sacrés; ils ne devront pas être touchés sauf pour ce qui est de mon eucharistie. Tous les endroits isolés me sont sacrés; là où un homme se rassemble en mon nom, là bondis-je au milieu de lui.

23. Je suis le dieu hideux, et qui me dompte est encore plus laid que moi.

24. Cependant je donne plus que Bacchus et qu’Apollon; mes cadeaux surpassent l’olivier et le cheval.

25. Qui m’adore doit m’adorer par de nombreux rites.

26. Je suis caché avec toutes les dissimulations; lorsque le Très Saint Ancien est dévêtu et promené sur la place du marché, je demeure toujours secret et à l’écart.

27. Qui j’aime je châtie de nombreuses verges.

28. Toutes choses me sont sacrées; aucune chose n’est sacrée venant de moi.

29. Car il n’est aucune sainteté où je ne sois point.

30. Ne prends pas peur lorsque je succombe à la fureur de l’orage; car mes glands sont chassés au loin par le vent; et en vérité je me relèverai à nouveau, et mes enfants autour de moi, de sorte que nous hisserons notre forêt jusqu’en l’Éternité.

31. L’Éternité est l’orage qui m’abrite.

32. Je suis l’Existence, l’Existence qui n’existe pas sauf durant sa propre Existence, qui est au-delà de l’Existence des Existences, et est plus profondément enracinée que l’Arbre du Rien en la Terre du Rien (2).

33. Et maintenant sais-tu donc lorsque je suis en Toi, lorsque mon capuchon (3) est tendu sur ton crâne, lorsque ma puissance est plus que l’Indus canalisé, et irrésistible comme le Glacier Géant.

34. Car comme tu es en Ta nudité, devant une femme lubrique dans le bazar, aspiré par son espièglerie et ses sourires, ainsi te trouves-tu totalement et non plus en partie devant le symbole du bien-aimé (4), ne s’agirait-il que d’un Pisacha, d’un Yantra ou d’un Deva.

35. Et en tout créeras-tu l’Infinie Béatitude et le maillon suivant de la Chaîne Infinie.

36. Cette chaîne va d’Éternité en Éternité, toujours en triangles – mon symbole n’est-il pas un triangle ? – toujours en cercles – le symbole du Bien-Aimé (5) n’est-il pas un cercle ? À cet égard tout progrès est vile illusion, car tout cercle est identique, et tout triangle identique !

37. Mais le progrès est progrès, et progrès est extase, continuelle, éblouissante, giboulée de lumière, lames de rosée, flammes de la chevelure de la Grande Déesse, fleurs des roses autour de son cou, Amen !

38. En conséquence dresse-toi comme je suis dressé. Maîtrise-toi comme je suis maître de l’accomplir. À la fin, que la fin soit aussi distante que les étoiles séjournant au cœur de Nuit, tue-toi comme je suis moi-même tué à la fin, en la mort qui est vie, en la paix qui est mère de la guerre, en la ténèbre qui tient en sa main la lumière, telle une prostituée extrayant une gemme de ses narines.

39. Ainsi donc le commencement est délices, et la fin est délices, et délices le milieu, de même que l’Indus est eau dans la caverne du glacier, et eau entre les plus hautes et les plus basses des collines et au travers des remparts des collines et à travers plaines, et eau à leur embouchure lorsqu’elle bondit dans la puissante mer, oui, dans la puissante mer.

(L’Interprétation de ce Livre sera délivrée sur demande aux membres du Grade de Dominus Limini, chacun sollicitant son Adeptus propre.)

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NOTES

(1) NDT : "hood" désigne également le prépuce.

(2) NDT : "... the No-Thing-Tree in the Land of No-Thing", littéralement : "l’Arbre-Non-Chose en la Terre de Non-Chose".

(3) NDT : Cf. note 1.

(4) NDT : Ou "bien-aimée".

(5) NDT : Cf. note 4.